Appelez-le Denis. Monsieur Goldberg serait sans doute plus approprié, mais tellement peu ressemblant. Le vieil homme ironise : il n’a fait « que » 22 ans de prison, quand son camarade Nelson Mandela, emprisonné à l’issue du même procès, a passé 27 ans derrière les barreaux. Oui mais lui était seul. Il était blanc, et le régime d’apartheid avait au moins le souci de la cohérence : les noirs avec les noirs, les blancs avec les blancs. Même en prison.

Denis Goldberg est invité au festival de Douarnenez. Invité à témoigner, à raconter comme il le fait depuis des années, les difficultés de la lutte anti-apartheid, les défis auxquels il a été confronté, auxquels le pays est encore confronté. Un Stéphane Hessel sud-africain, qui, comme lui, ne radote pas en vieux vétéran qu’il est pourtant, qui porte un regard aiguisé sur l’Afrique du Sud d’aujourd’hui. Sur le monde d’aujourd’hui. Inspirant.

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Denis Goldberg à la tribune, se souvient  du jour de sa condamnation à perpétuité. Tout le monde, y compris sa mère, s’attendait à la peine de mort. Lorsque le juge prononça la sentence, sa mère n’entendit pas. Il lui dit alors : « Life, mum. And life is wonderful !* »…

En privé, il vous explique aussi qu’il n’avait pas le choix dans sa militance : « Enfant, quand on vous raconte que l’Afrique du Sud est une démocratie, que tout le monde vote donc, et que vous savez que seuls les blancs votent, vous devez déduire que les noirs ne sont pas des personnes. Si vous savez qu’ils en sont, alors vous ne pouvez plus être complice. » Denis a compris Mandela, qu’il connaît bien.

L'homme est bourré d’humour, rappelle quand surgit une sonnerie de téléphone qu’« en Afrique du Sud, quand un portable sonne au milieu d’une réunion, il y a une amende. Mais en Afrique du Sud, quand on a des amis bien placés, on peut se débrouiller… »

On pourrait écrire des pages entières sur ce monument de la lutte anti-apartheid. Mais Wikipedia fait ça très bien. Ce qu’on n’y trouve pas : Denis Goldberg est un dinosaure qui dit aujourd’hui merci. « Merci à Douarnenez de garder vivante l’idée qu’on peut lutter contre l’oppression. » Il dit même merci quand on l’interview…

Antoine Gazeau, Douarnenez, pour Ubumi

* [une condamnation] à vie ! Et la vie est merveilleuse !